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POLITIQUE Plus de deux ans après, force est de constater que François Hollande a toute les peines du monde à s'en tenir à sa fameuse anaphore...

VIDEO. Mi-mandat de François Hollande: Que reste-t-il de l'anaphore «Moi Président»?

Maud Pierron

Lors du débat de l'entre-deux-tours face à Nicolas Sarkozy, c'est grâce à cette anaphore que François Hollande avait été désigné vainqueur du face-à-face. A 16 reprises, le candidat Hollande avait commencé sa phrase par «Moi président», qui sonnait comme un coup porté à Nicolas Sarkozy. Trente et un mois après, 20 Minutes fait le point entre ce que le candidat Hollande préconisait et ce que le président Hollande a fait, fait, ou prévoir de faire.

«Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l’Elysée»

Formellement, François Hollande n’invite pas de parlementaires à l’Elysée comme pouvait le faire Nicolas Sarkozy. Mais il rencontre bien des parlementaires à l’Elysée… En fait, c’est son conseiller, Vincent Feltesse, qui invite chaque semaine quelques élus socialistes et presque à chaque fois, François Hollande passe une tête pour les saluer et les écouter… Parfois, il va à la rencontre d’élus, mais à l’extérieur de l’Elysée. En mai 2013, il s’est carrément «invité» à la réunion de l’ensemble des parlementaires PS à la maison de l’Amérique latine. Et en septembre, il est arrivé à l'improviste dans un restaurant parisien pour rencontrer de manière informelle des députés écolo à l’invitation de Jean-Vincent Placé...

«Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur»

Effectivement, il n’a jamais prononcé ce mot. Au début de son quinquennat, François Hollande a même laissé toute sa place à Jean-Marc Ayrault, lui, «président normal», préférant se consacrer au temps long. Mais après un été meurtrier sur le plan politique et des sondages, il a dû changer de braquet et s’intéresser aux affaires courantes.Lors de sa première conférence de presse, il reconnaît: «Le premier responsable, c'est moi, car les Français m'ont élu. En fait, c'est toujours vers le président que les Français se tournent. C'est au président qu'ils demandent des comptes et c'est légitime». De fait, même si Manuel Valls occupe plus le terrain médiatique que son prédécesseur, François Hollande reste en première ligne.

«Moi président de la République, je ne participerai pas à des collectes de fonds pour mon propre parti, dans un hôtel parisien»

Vrai.

«Moi président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante, je ne nommerai pas les membres du parquet alors que l'avis du Conseil supérieur de la magistrature n’a pas été dans ce sens»

Aucun texte n'a été voté pour que la justice fonctionne de manière plus indépendante aujourd’hui que sous le précédent quinquennat. La réforme du Conseil supérieur de la magistrature a bien été lancée rapidement mais le texte est aujourd’hui bloqué. En effet, les sénateurs l’ont totalement vidé de sa substance et le gouvernement n’a donc pas souhaité de seconde lecture. Et pour adopter ce texte qui réforme les institutions, il faut la majorité des 3/5 du Parlement impossible à obtenir en raison de l'opposition de l'UMP… Par ailleurs, une mutation a fait débat, celle de François Falletti, procureur général près la Cour d’appel de Paris réputé proche de la droite. Le haut magistrat a dénoncé des pressions de la place Vendôme pour qu’il accepte d’aller à la cour de Cassation.

«Moi président de la République, je n'aurai pas la prétention de nommer les directeurs des chaînes de télévision publique, je laisserai ça à des instances indépendantes»

Le mode de nomination des présidents de chaîne et télévisions publiques a bien été changé. La loi a été votée en octobre 2013 et désormais, c’est le Conseil supérieur de l’audiovisuel qui nomme les présidents, comme ça a été le cas pour la désignation de Mathieu Gallet à la tête de Radio France. Ceci étant, le président de cette instance indépendante est nommé par le chef de l’Etat et François Hollande a choisi Olivier Schramek, l’ex-dircab de Lionel Jospin. Il semble par ailleurs que le chef de l’Etat reprenne cette prérogative dans le dossier plus sensible du futur président de France Télévision, pour écarter tout candidat proche de Sarkozy, selon un indiscret del’Express.

«Moi président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire»

Le «GayetGate» et sa gestion par le chef de l'Etat a fait voler en éclat cette affirmation. Les photos volées d’un président casqué qui va voir sa maîtresse à deux pas de l’Elysée ont fait beaucoup de mal à l’image de François Hollande. Sans parler du livre qui a suivi signé par Valérie Trieweiler.

«Moi président de la République, j'aurai aussi à cœur de ne pas avoir un statut pénal du chef de l’Etat ; je le ferai réformer, de façon à ce que si des actes antérieurs à ma prise de fonction venaient à être contestés, je puisse dans certaines conditions me rendre à la convocation de tel ou tel magistrat ou m'expliquer devant un certain nombre d'instances»

On en est très loin. En fait, un projet de loi portant sur une réforme constitutionnelle a bien été présenté en conseil des ministres mais il n’a jamais été voté car toute la partie sur le CSM avait été vidée de sa substance par le Sénat. Le texte est aujourd’hui enterré. De toute façon, le texte ne prévoyait pas de réforme du statut pénal du chef de l’Etat, mais la fin de son immunité au civil. Ceci étant, François Hollande s’est invité en tant que témoin au procès intenté par son ex-compagne, Valérie Trierweiler, à deux journalistes en 2012. En tant que simple citoyen. Ce qui n’avait pas manqué de susciter la polémique. Par ailleurs, le chef de l’Etat est «invité» à témoigner au procès d’un responsable socialiste empêtré dans les affaires. Un huissier est venu jusqu’à l’Elysée. Mais le chef de l’Etat n’a pas donné suite.

«Moi président de la République, je constituerai un gouvernement qui sera paritaire, autant de femmes que d'hommes.»

Promesse tenue sous Ayrault mais dans le gouvernement actuel, s’il y a bien le même nombre d’hommes et de femmes ministres (8), il y a un homme secrétaire d’Etat de plus que de femme (9 contre 8). Par ailleurs, il n’y a qu’une femme qui occupe un poste régalien, Christiane Taubira à la Justice. Et le ministère du Droit des femmes n’est plus qu’un secrétariat d’Etat.

«Moi président de la République, il y aura un code de déontologie pour les ministres, qui ne pourraient pas rentrer dans un conflit d'intérêts»

Alors oui, il y a bien eu une charte de déontologie signée par les ministres. Mais que pèse-t-il face à l’affaire Cahuzac, l’ex-ministre du Budget qui avait un compte caché en Suisse ou l’affaire Thomas Thévenoud, frappé de «phobie administrative»? Sans parler du conseiller politique Aquilino Morelle prié de quitter l’Elysée car visé par une enquête préliminaire pour soupçons de conflit d’intérêts lorsqu’il était à l’Igas... Ces scandales ont toutefois eu une conséquence salutaire: ils ont forcé l'exécutif à faire adopter des lois pour plus de transparence dans la vie publique.

«Moi président de la République, les ministres ne pourront pas cumuler leur fonction avec un mandat local, parce que je considère qu'ils devraient se consacrer pleinement à leur tâche»

Que ce fût long et douloureux pour faire adopter cette loi. Sénateurs et députés ont mis du cœur à l’ouvrage pour détricoter le texte. Initialement, la loi du non-cumul des mandats devait s’appliquer en 2014, selon la volonté du gouvernement mais en raison d’une fronde au plus haut niveau, celle de Claude Bartolone ou François Rebsamen, le texte après bien des péripéties, ne s’appliquera qu’en 2017 et 2019 pour les députés européens. La droite a déjà promis de revenir dessus si elle retrouvait le pouvoir.

«Moi président de la République, je ferai un acte de décentralisation parce que je pense que les collectivités locales ont besoin d'un nouveau souffle, de nouvelles compétences, de nouvelles libertés. »

L’intention est à peu près là mais elle se heurte aux hésitations du gouvernement sur un sujet complexe, au corporatisme de la classe politique et aux négociations politiciennes. Une loi de janvier 2014 a bien doté les grandes villes d'un statut de métropole avec des compétences très élargies. Mais la grande réforme territoriale a ben du mal à passer: initialement, le texte prévoyait la fusion de plusieurs régions et la suppression des conseils généraux. Au final, il reste bien 13 régions mais après chantage des radicaux de gauche, Manuel Valls a promis que les départements ruraux ne seraient pas supprimés.

«Moi président de la République, je ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés, aussi bien les organisations professionnelles que les syndicats, et que nous puissions avoir régulièrement une discussion pour savoir ce qui relève de la loi, ce qui relève de la négociation»

Au début du quinquennat, les relations entre le gouvernement et les partenaires sociaux semblaient plutôt bonnes. Et comme promis, ce dialogue social à la sauce hollandaise s’incarnait par les Conférences sociales. L’un des succès les plus emblématiques reste l’accord national interprofessionnel (ANI) sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi début 2013, suivi par l’accord sur la formation professionnelle. Aujourd’hui, le climat s’est dégradé entre le gouvernement et les syndicats, qui estiment que l’Etat fait trop de concession au patronat qui serait devenu son interlocuteur privilégie. Et par ses prises de positions sur l’assurance-chômage qui doit être réformée ou les 35h ou les seuils sociaux, Manuel Valls continue de creuser le fossé entre l’Etat et les organisations syndicales.

«Moi président de la République, j'engagerai de grands débats, on a évoqué celui de l'énergie, et il est légitime qu'il puisse y avoir sur ces questions-là de grands débats citoyens»

Aucun « grand débat» sur l’énergie n’a été engagé par le chef de l’Etat. La loi de transition énergétique, considérée comme très importante par le couple exécutif, n’a donné lieu à aucune grande réflexion dans la société.

«Moi président de la République, j'introduirai la représentation proportionnelle pour les élections législatives, pour les élections non pas de 2012, mais celles de 2017, car je pense qu'il est bon que l'ensemble des sensibilités politiques soient représentées.»

Encore une réforme institutionnelle difficile à instaurer. Cet été, François Hollande a dit qu’il souhaitait mettre cette réforme à l’agenda en 2016. Tout en posant ses conditions: il faut que les parlementaires s’accordent sur le sujet et que le nombre de députés baisse. Autant dire qu’il est quasi impossible que ce projet soit adopté. L’autre voie est celle du référendum, écartée donc par le chef de l’Etat. Il faut dire qu’un an avant la présidentielle, le risque de désaveu, probable, serait désastreux.

«Moi président de la République, j'essaierai d'avoir de la hauteur de vue, pour fixer les grandes orientations, les grandes impulsions, mais en même temps je ne m'occuperai pas de tout, et j'aurai toujours le souci de la proximité avec les Français. »

Comme vu dans la 2e anaphore, François Hollande n’a pas vraiment réussi à tenir sa promesse d’être un président au-dessus de la mêlée. Quant à son souci de proximité avec les Français, il a pris une sacrée claque avec la fonction et surtout ses sondages catastrophiques. Désormais, lors de ses déplacements, il est parfois sifflé ou hué, des comités d’accueil, qu’ils soient syndicaux ou de la manif pour tous l’attendent. Happé par l’international, il va beaucoup moins au contact des Français lors de déplacements officiels de toute façon très encadrés par la police, préférant des déplacements surprises et sans presse, comme par exemple à Trappes (Yvelines) au Trophée de l’improvisation organisé par Jame

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