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Photo : AFP

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Mesdames et Messieurs,

C’est un très grand honneur pour moi d’être parmi vous ce matin, pour participer à l’inauguration de la Mosquée et du Centre culturel Al Ihsan. Je suis venu naturellement pour vous témoigner la considération, le respect et l’amitié de la République envers l’ensemble des Musulmans de France. Avec le nom Ihsan vous avez dédié ce culte à une vertu éminemment sociale qui est la bienfaisance. Je sais aussi que vous avez coutume de l’appeler la Mosquée Renault, par allusion à l’histoire de ce bâtiment. Je pense qu’il y a dans cette appellation une part affective et j’y vois aussi un écho symbolique de votre contribution essentielle à l’essor industriel de notre pays.

La nouvelle Mosquée d’Argenteuil traduit la vitalité de la communauté musulmane de France. Cette communauté qui a su s’organiser depuis plusieurs années pour créer des lieux de culte adaptés à l’exercice paisible et digne de sa religion. Un exercice qui s‘inscrit dans le cadre d’une laïcité respectée et respectueuse de chacun. Je sais que c’est un projet de plus de dix ans qui aboutit aujourd’hui, un projet engagé par le Président Achebouche et la communauté musulmane d’Argenteuil, qui a reçu le soutien de la municipalité d’Argenteuil, et je veux féliciter Georges Mothron et tous les élus qui lui ont succédé, pour avoir accompagné ce magnifique projet.

Depuis que l’association a acquis ce bâtiment en 1999, vous avez su le transformer en un magnifique lieu de culte, de formation et d’échanges. Et la visite que nous venons de faire m’a permis de mesurer l’ampleur du travail qui a été accompli et je veux vous dire combien vous pouvez, combien vous devez être fiers de cette réalisation, qui reflète l’inscription sereine de l’Islam dans le paysage national.

En France, vous le savez, la liberté du culte ne se résume pas à l’expression individuelle de conviction religieuse. Elle inclut aussi le droit de disposer des biens nécessaires à l’exercice du culte. J’ai toujours préféré les mosquées ouvertes aux salles de prière cachées et exiguës, qui sont peu dignes de notre conception de la pratique religieuse. Qu’il croit au ciel ou qu’il n’y croit pas, il importe que chacun dans notre République, qu’il soit chrétien, musulman, juif ou athée, se sente heureux et fier de vivre en France, de vivre en République et de vivre sa foi et ses convictions en toute liberté. Loin d’apporter des réponses aux questions existentielles les plus fondamentales, nos sociétés contemporaines les ont, pour partie, exacerbées. Et je crois que les religions ont toutes en commun d’offrir des valeurs universelles de tolérance et de fraternité qui permettent aux hommes de se reconnaître, de se comprendre et de se respecter. Sur les chemins de la paix et de la dignité humaine je respecte la quête spirituelle qui inspire la foi.

Les principes qui guident les pouvoirs publics sont clairs : la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte, mais la République les connaît tous à égalité et les respecte tous. Comme les autres religions, l’Islam est soumis par la loi de 1905 de séparation des églises et de l’Etat à l’interdiction de subventionner les cultes. Et comme les autres, l’Islam bénéficie des dispositions qui garantissent le libre exercice du culte. Les associations musulmanes, constituées sous le fondement de la loi de 1905, peuvent recevoir des dons privés pour construire des lieux de culte ; avec des communes elles peuvent signer des baux emphytéotiques pour louer des terrains destinés à accueillir leurs édifices, comme cela vient d’être fait à Marseille ; enfin elles peuvent demander aux départements et aux communes de garantir leurs emprunts, lorsqu’il s’agit de construire un lieu de culte qui répond à des besoins collectifs.

Il ne faut pas se tromper sur le sens de la laïcité. La laïcité ce n’est pas le combat contre les religions. La laïcité c’est le choix laissé à chacun de croire ou de ne pas croire. La République garantit à tous la liberté de conscience et le libre exercice des cultes.

Sur notre territoire, il se trouve que l’exercice du culte musulman est plus récent que les autres. La France a hérité de son histoire, un manteau pluriséculaire d’églises et de cathédrales, enrichi par endroit de temples et de synagogues. Les cultes catholiques, protestants ou juifs ont pu s’appuyer sur ces lieux anciens, alors que le culte musulman ne disposait pas du même héritage. Mais en l’espace de quarante ans, votre mobilisation a permis de répondre au besoin des fidèles. Le nombre de lieux de culte est passé d’une centaine en 1970 à environ 2.000. Et surtout ces bâtiments correspondent de mieux en mieux à leur finalité religieuse.

Monsieur le président Moussaoui, vous avez rappelé qu’un certain nombre d’édifices mériteraient d’être construits ou agrandis. Et vous avez raison de le rappeler, cela est légitime. Je sais bien qu’il reste des difficultés, et en particulier dans les zones où le prix du foncier est très élevé. Pour permettre aux fidèles de prier non plus dans la rue, mais dans des conditions dignes, des solutions ponctuelles peuvent aussi être trouvées comme l’aménagement, que vous avez évoqué vous-même, des horaires des lieux de culte.

Mais vous savez que dans les années à venir, le véritable enjeu pour l’exercice du culte musulman sera autant la construction de nouveaux édifices que l’entretien et la réfection des bâtiments existants. En 1926, l’inauguration de la Grande Mosquée de Paris, en souvenir des combattants musulmans morts pour la France pendant la Première Guerre mondiale, marquait un des premiers temps forts de l’intégration de l’Islam en France. Depuis cette date, de nombreuses réalisations sont venues donner corps à l’Islam de France. Je pense en particulier à la création de trois aumôneries nationales musulmanes sur le modèle des autres confessions. Ces aumôneries militaires, hospitalières et pénitentiaires accomplissent un travail essentiel que je veux aujourd’hui, devant vous, saluer. Je pense aussi à l’accompagnement consulaire dont bénéficient aujourd’hui les pèlerins de la Mecque, en tant que ressortissants français engagés dans un grand évènement à l’étranger. Je pense enfin à la possibilité qui se développe de créer des carrés confessionnels dans les cimetières. La communauté musulmane de France, composée à l’origine de travailleurs étrangers qui ont vécu avec l’idée du retour au pays, est de plus en plus composée de citoyens français, qui sont nés en France, qui vivent en France et qui n’envisagent pas de reposer ailleurs que sur le sol de France. C’est là que vit leur famille, c’est là que vivent leurs enfants, c’est là qu’est leur patrie.

Toutes ces avancées ont été possibles parce que l’Islam de France a su offrir aux pouvoirs publics un interlocuteur représentatif et les conditions d’un dialogue constructif. C’est une tâche toujours difficile de rapprocher les points de vue entre les personnes, mais c’est la force des grandes confessions de savoir surmonter leurs divergences pour s’unir dans l’intérêt de l’ensemble de leurs fidèles et pour offrir le visage de l’union.

En 2003, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, la création du Conseil français et des Conseils régionaux du culte musulman a été une étape essentielle de la consolidation de l’Islam de France. Des compromis ont été nécessaires, des équilibres ont été trouvés, et nous savons le rôle qu’ont joué en ce domaine les deux présidents successifs du Conseil Français du Culte Musulman, le docteur Boubaker pendant les deux premiers mandats et le professeur Moussaoui pour le mandat en cours. Je voudrais les en remercier chaleureusement et je voudrais associer à ces remerciements l’ensemble des membres du bureau qui représente la diversité des composantes de l’Islam de France.

Désormais, le Conseil Français du Culte Musulman est définitivement inscrit dans notre paysage institutionnel. Il est donc du devoir de chaque responsable musulman d’œuvrer au maintien de son unité, en participant à chaque processus électoral de renouvellement de ces instances. Je veux vous dire que chacun jugerait sévèrement l’option de la division, alors que tant d’autres chantiers importants doivent encore être menés comme le renforcement de la formation des imans sur le territoire national.

Vous le savez mieux que quiconque, la réalité de l’Islam de France aujourd’hui c’est celle d’un Islam de paix et de dialogue, c’est un Islam du juste milieu, où le croyant vit sereinement sa foi dans le respect des lois et des principes de la République. C’est bien cette intégration réussie qui permet au président Moussaoui d’en appeler désormais – je le cite – au droit à l’indifférence pour les Musulmans, celui de vivre leur foi dans la sérénité et dans la tranquillité. Ce droit à l’indifférence, beaucoup de vos anciens l’ont conquis chèrement par leur bravoure au service de la France, tirailleurs, spahis, tabors. Moi je n’oublie jamais tous ces soldats épiques, descendus de l’Atlas et des Aurès, pour faire le don de leur vie à la France. Dans les plaines de la Marne, sur les falaises de Monte Cassino, dans les forêts des Ardennes, quand ces hommes chargeaient sous la pluie des balles ennemies pour défendre l’honneur de la France, personne ne s’interrogeait sur leur confession ou sur leurs origines.

Aujourd’hui, les personnes de confession musulmane et leur lieu de culte sont encore trop souvent l’objet de discrimination et la cible d’agressions que nous ne pouvons pas tolérer. Oui ! Il y a en France des actes antimusulmans, cela est vrai hélas pour l’Islam comme pour d’autres religions. L’année dernière, 30% des faits de violences racistes, des menaces dans la très grande majorité des cas, ont visé des personnes de confession musulmane. Six lieux de culte musulman ont été la cible d’actes de malveillance et, au début de cette année, nous avons été émus par des profanations de tombes musulmanes et de mosquées.

Face à ces actes, où la haine le dispute à la bêtise, les pouvoirs publics affirment leur solidarité avec la communauté musulmane et leur fermeté à l’encontre des auteurs. La République est intraitable à l’égard de ceux qui bafouent ces principes. Et pour mieux lutter contre ces actes, j’avais proposé au Président Moussaoui, après la profanation de la mosquée de Saint-Étienne, d’instaurer un partage régulier de l’information entre le Conseil Français du Culte Musulman, les services de police et de gendarmerie. L’objectif c’est de permettre un meilleur suivi de la prévention en amont et des suites judiciaires en aval.

Brice Hortefeux vient donc de signer, avec le Conseil Français du Culte Musulman, une convention-cadre qui permettra de mettre en œuvre un suivi statistique et opérationnel des actes hostiles aux Musulmans de France. Parallèlement, j’ai demandé à la Ministre de la Justice de renforcer la formation des magistrats spécialisés dans la lutte contre le racisme et la xénophobie. Répartis sur l’ensemble du territoire national, ils forment des pôles anti-discrimination aux côtés de l’autorité préfectorale, destinés à travailler avec les représentants des confessions et notamment les conseils régionaux du culte musulman.

Mesdames et Messieurs, face au racisme il faut être ferme, face au racisme il ne faut pas se laisser aller à la victimisation. Le racisme c’est un délit, mais il est d’abord imbécile. Les Musulmans, les Juifs, mais aussi qui ne le sont pas, en sont les victimes. A côté des mosquées et des tombes musulmanes, des synagogues et des cimetières juifs sont dégradés ou profanés comme des églises ou des cimetières chrétiens. Nourri parfois de l’importation sur notre territoire de conflits qui lui sont étrangers, le racisme sous toutes ses formes appelle une condamnation unanime des pouvoirs publics et des autorités morales et religieuses de tous bords.

Et en ce sens, je vais vous dire combien le dialogue interreligieux est vital. Notre cohésion nationale, c’est ce que nous avons de plus précieux, c’est ce que nous avons de plus sacré. L’unité de la Nation dépend d’abord de notre capacité à défendre les valeurs qui nous rassemblent. Et c’est notre combat à tous. Le drapeau tricolore est assez large pour rassembler et pour respecter chacun dans ses différences, il est assez large pour unir tous ceux qui, de toutes origines et de toutes confessions, sont la France d’aujourd’hui et la France de demain.

Quelles que soient nos appartenances culturelles ou religieuses, il revient à chacun d’entre nous - c’est notre devoir sacré - de défendre notre pays, de défendre ses valeurs et de défendre ses principes républicains. L’ennemi de la cohésion nationale c’est le repli clanique, c’est le communautarisme et c’est l’intégrisme religieux qui en est l’une des formes les plus dangereuses. Toute religion peut être confrontée à des dérives et toute religion peut être défigurée par des personnes qui prétendent régler l’ensemble des relations et des comportements de la société en son nom.

L’intégrisme n’a pas sa place dans une démocratie. L’intégrisme a encore moins sa place dans la République Française. Soyons clair : l’intégrisme ce n’est pas une particularité de l’Islam. L’histoire des religions nous en a assez souvent malheureusement apporté la preuve. Mais l’intégrisme est aussi une maladie qui frappe l’Islam. Et lorsque l’on combat l’intégrisme, ça n‘est pas l’Islam que l’on combat et ça n’est pas l’Islam que l’on stigmatise. Combattre l’intégrisme c’est combattre le sectarisme et c’est combattre l’intransigeance qui sont à la source du fanatisme.

Et je veux, à ce sujet, vous parler avec franchise de la question du voile intégral. C’est une question dont je sais combien elle est sensible, combien elle est complexe, combien aussi elle est ciblée sur une infime minorité et pourtant symbolique. Depuis près d’un an, elle a donné lieu à un vaste débat public, les représentants de la communauté musulmane se sont clairement exprimés, en particulier les membres du bureau du Conseil du Culte Musulman, que j’ai reçus le 26 avril dernier.

Le constat est unanime : cette pratique minoritaire, qui bafoue les règles fondamentales du vivre ensemble et qui heurte nos concitoyens, correspond à un comportement radical qui ne reflète pas la réalité de l’Islam. C’est la raison pour laquelle le Gouvernement a proposé au Parlement d’interdire la dissimulation du visage dans l’espace public. Il s’agit au fond pour nous, simplement de rappeler les règles fondamentales de la vie en société. Le projet de loi sera discuté à partir du 6 juillet prochain et, parallèlement, un délit sera créé, immédiatement applicable, à l’encontre des personnes qui pratiquent la dissimulation forcée du visage. L’interdiction de la dissimulation du visage s’accompagnera d’une période de pédagogie et de communication de six mois, pour permettre à l’ensemble des composantes de la société et en particulier aux responsables de la communauté musulmane, de nous aider à donner leur chance à l’explication et au dialogue.

Mesdames et Messieurs, mes Chers Amis, il ne faut pas s’y tromper, en renvoyant une image sombre et sectaire, les personnes qui dissimulent leur visage, au prétexte de leur foi, sont consciemment ou non les opposantes à l’Islam de France que vous avez contribué à construire. L’Islam de France, l’Islam que vous vivez au quotidien n’a rien à voir avec cette caricature qui abaisse les lumières de votre foi. Il n’a rien à voir cet extrémisme qui méprise votre adhésion pleine et entière aux principes laïcs et républicains de la France. Et c’est pour cela que vous devez vous dresser au premier rang contre ce détournement du message religieux. C’est à vous, les premiers, de faire gagner l’intelligence contre l’obscurantisme, de faire gagner la tolérance contre l’intransigeance.

Vous avez un héritage à défendre, il faut le défendre. Cet héritage c’est le fruit de la rencontre féconde entre les principes universels des droits de l’homme et une spiritualité et une civilisation musulmane brillante, qui a donné les plus grands maîtres de la philosophie, de la médecine, de l’histoire et des sciences. C’est ce trésor de finesse, ce trésor de pensée, ce trésor de beauté qu’il faut valoriser. Depuis quelques années, de magnifiques projets ont été lancés pour faire connaître toute la richesse des arts et des cultures nées de l’Islam. Le Musée du Louvre s’apprête à ouvrir un 8ème département exceptionnel, créé pour offrir aux arts de l’Islam la visibilité qu’ils méritent, dans l’un des plus beaux écrins architecturaux qui soient. Dédié aux plus belles réussites de l’âge d’or islamique, l’Institut des Cultures de l’Islam va poursuivre sa démarche populaire dans un nouvel espace contemporain dédié cette fois aux succès artistiques et intellectuels des Musulmans d’aujourd’hui.

Mais c’est à vous aussi, par votre dynamisme dans la société, dans l’économie, dans la création, de faire rayonner une communauté musulmane française qui est talentueuse et qui est ouverte. Je sais la force de l’engagement citoyen et républicain des membres et des représentants de la communauté musulmane de France. Je veux vous dire, au nom du Gouvernement et au nom de l’ensemble de la Nation française, combien j’ai confiance en vous et combien je suis convaincu que l’osmose réussie entre laïcité et Islam peut être une source d’inspiration pour d’autres Musulmans dans le monde.

Mesdames et Messieurs, l’honneur que vous m’avez fait en me conviant parmi vous, m’a permis de célébrer la République que nous aimons et la République que nous servons ensemble. Sur les chemins toujours escarpés de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, je veux vous dire que votre foi a toute sa place.

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