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LE FAIT DU JOUR. En banlieue parisienne, Sarcelles, 60 000 habitants, voit croître l'influence des associations salafistes. Sur place, la lutte contre les promoteurs d'un islam intégriste se révèle très ardue.

La poignée de commerces aux rideaux tirés le long de la rue d'Estienne-d'Orves a attiré bien des soupçons et des peurs à Sarcelles (Val-d'Oise). Une mosquée était abritée dans ces locaux, elle a été fermée en janvier par arrêté municipal. Le motif : non-respect des règles d'urbanisme pour l'accueil du public. Mais le maire socialiste François Pupponi ne craignait pas seulement pour la sécurité des fidèles en prenant cet arrêté. Il estime qu'il pouvait s'agir d'un des principaux « points de radicalisation » de sa ville. Sur son site Internet, ce lieu de culte, baptisé centre Dar At-Tawhid, ne fait pas mystère de son attachement au mouvement salafiste, mais rejette son courant « révolutionnaire » qui mène au djihad.

« Nous sommes les seuls à combattre le terrorisme sur le terrain idéologique et religieux », clament les responsables de la mosquée sur les réseaux sociaux. Mais leurs condamnations d'Al-Qaïda ou de Daech ne suffisent pas à rassurer le voisinage. « Tout le monde a peur ici », confient des riverains qui décrivent, gestes à l'appui, des « hommes tous barbus avec des robes jusque-là » et des femmes « dont on ne voit que les yeux ». Ils assurent surtout que le lieu est toujours fréquenté malgré l'interdiction, mais seulement la nuit.

Rue de l'Escouvrier, zone industrielle. Les semi-remorques défilent toute la journée sur cette route bordée d'entrepôts. Le maire pointe là deux lieux d'enseignement islamiques qui ont ouvert ces dernières années. L'institut Sounnah propose des cours de Coran et revendique son attachement au salafisme et ses liens avec la mosquée du quartier Chantepie. Mais il s'offusque des accusations du maire : « L'institut Sounnah a toujours ombattu, de la façon la plus claire et la plus ferme, les idéologies extrémistes, intolérantes, racistes et violentes », s'est-il justifié dans un communiqué. « Pour moi, ce ne sont pas des gens qui posent problème, estime un salarié d'une entreprise voisine. Ce sont des gens qui font partie de la solution. » Un employé du quartier, qui a reconnu les lieux dans « Envoyé spécial », est en revanche sous le choc. « On n'est pas dans le discours religieux, c'est plus dangereux, c'est du lavage de cerveau », estime-t-il. Quant à la tolérance affichée par l'institut, « est-ce que c'est la preuve qu'il ne se passe rien ? » interroge-t-il.

«Un dialogue interreligieux plus difficile qu'avant»

« La ville fait partie d'une dizaine de communes où le phénomène de radicalisation est bien prégnant, constate Jean-Simon Mérandat, directeur de cabinet du préfet du Val-d'Oise. » Il reconnaît que les salafistes « sont assez ien représentés », mais assure ne pas avoir « eu connaissance de prêches prônant ouvertement un discours djihadiste ».

Eric Lepetit, qui tient une épicerie, préfère mettre en avant la bonne entente entre les communautés. « Ici, il y a beaucoup de gens qui fuient l'islam radical. Ils viennent de Syrie ou d'Irak, et ils se sentent bien. » Car Sarcelles, 60 000 habitants, est une ville où vivent 90 communautés... Qui malheureusement ne cohabitent pas toujours très bien. Le 20 juillet 2014, une manifestation propalestinienne, interdite par le préfet, avait viré à l'émeute. Des commerces juifs avaient notamment été pris pour cible. Aujourd'hui, le rabbin de Sarcelles, Laurent Berros, relève un certain repli : « Il y a des endroits où il est plus difficile qu'avant d'établir le dialogue interreligieux ».

Des voix s'élèvent toutefois, comme celle de Nabil Koskossi, opposant à rançois Pupponi et responsable de l'association Made in Sarcelles, qui dénonce l'activisme du maire. « Il alimente les peurs. Ses accusations sont trop vagues. Je connais trois personnes qui ont été assignées à résidence. A chaque fois, la mesure a été levée car ils n'avaient rien à se reprocher. Sarcelles n'est pas Molenbeek. »

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